REQUIEM de John RUTTER

REQUIEM de John Rutter

John Rutter res­sen­tit la pre­mière fois le besoin d’écrire un requiem en 1983, après la mort de son père. Celui-ci ado­rait la musi­que, sans être expert, aussi Rutter vou­lait il écrire une œuvre à sa mémoire qui soit à la fois musi­ca­le­ment abou­tie et acces­si­ble à cha­cun. Ce devait être un moyen de réflé­chir sur la perte des êtres chers et sur sa pro­pre mort, en la trans­for­mant en un acte pure­ment musi­cal.

L’autre rai­son, qui lui donna l’impul­sion néces­saire, fut la décou­verte à la même époque d’un nou­veau manus­crit du requiem de Gabriel Fauré. La lec­ture à la Bibliothèque Nationale de Paris de ce manus­crit, avec des anno­ta­tions, cor­rec­tions et des réor­ches­tra­tions par Fauré en fonc­tion des effec­tifs ins­tru­men­taux dis­po­ni­bles, lui mon­tra le carac­tère vivant et réel de cette musi­que sublime. Elle lui fit appa­raî­tre la com­po­si­tion d’un requiem comme un acte extrê­me­ment concret, et tout sim­ple­ment pos­si­ble.

A cette époque, Rutter écrivait uni­que­ment des œuvres sur com­mande depuis près de quinze ans, chose qu’il sup­por­tait de plus en plus dif­fi­ci­le­ment. L’écriture du requiem se fit en dehors de toute com­mande, mais il pro­posa à un chœur ami de Sacramento en Californie d’en assu­rer la créa­tion. Par man­que de temps, seuls les qua­tre pre­miers mou­ve­ments furent créés par ce chœur. L’œuvre fut fina­le­ment ache­vée en 1985 et inter­pré­tée sous la direc­tion du com­po­si­teur à Dallas.

Moins de six mois plus tard, l’éditeur de John Rutter lui écrivait qu’à sa grande stu­pé­fac­tion, le requiem avait été donné en concert avec orches­tre plus de 500 fois aux Etats-Unis, d’après les loca­tions de maté­riel d’orches­tre, et que cela ne comp­tait donc pas les concerts accom­pa­gnés au piano ou à l’orgue !

Depuis, le requiem n’a cessé d’être joué à tra­vers le monde, des États Unis jusqu’au Japon. Pour John Rutter, cela confirme un vrai besoin des musi­ciens de jouer de la musi­que reli­gieuse dans les églises, et que les seuls Requiems vrai­ment « pra­ti­ca­bles » dans ce contexte, ceux de Fauré et Duruflé, ne peu­vent suf­fire à ce besoin.

Qu’est-ce qu’un requiem ?

Tout le monde connaît les plus grands Requiem, de Mozart, Brahms, Berlioz, Verdi… Mais qu’est-ce qu’un requiem ? Jusqu’au XIXe siè­cle, par exem­ple à la renais­sance avec le requiem Victoria, la ques­tion ne se pose pas : c’est la mise en musi­que le texte du ser­vice funè­bre en latin.

A par­tir de XIXe, des cou­pu­res, des ajouts de texte com­plé­men­taire ont été pra­ti­qués par les com­po­si­teurs. Ainsi, le requiem de Fauré enlève les lon­gues stan­ces du Dies Irae (en lais­sant tou­te­fois les vers repris dans le Libera me) et ajoute à la fin le In Paradisum, qui n’appar­tient pas au texte du requiem (ser­vice funè­bre à l’église), mais au rite de l’inhu­ma­tion, dit au cime­tière. De plus il extrait une stro­phe du Dies Irae, le Pie Jesu, et en fait une pièce à part, pro­cédé qui sera repris par Duruflé.

Il y avait donc une nou­velle liberté sur les tex­tes pla­cés dans l’œuvre. John Rutter avait été mar­qué par sa par­ti­ci­pa­tion en tant que cho­riste enfant à la créa­tion du War requiem de Britten en 1963. Dans cette œuvre, les poè­mes de Wilfred Owen vien­nent en contre­point au texte latin, pour en ren­for­cer le sens, et en font une œuvre extra­or­di­nai­re­ment som­bre et puis­sante.

Mais à la dif­fé­rence de Britten, Rutter vou­lait écrire une pièce qui ait un mes­sage d’espoir, un carac­tère conso­lant, un voyage des ténè­bres vers lumière. Il vou­lait aussi un requiem de « petit for­mat », joua­ble aussi bien à la mai­son, à l’église ou dans une salle de concert, avec une orches­tra­tion adap­ta­ble. Ce devait être enfin une œuvre qui s’ins­crive en rela­tion avec la litur­gie, et non un requiem pure­ment dra­ma­ti­que et théâ­tral comme Berlioz ou Verdi.

La structure

Comme Britten, Rutter mêle le rite gré­go­rien en latin et le rite angli­can en anglais, le texte anglais don­nant un carac­tère plus intime à l’œuvre, plus pro­che de l’audi­teur.

Il déve­loppe une struc­ture symé­tri­que en arche : il enca­dre l’œuvre avec les deux piè­ces « clas­si­ques » du rituel gré­go­rien (1. Requiem et 7. Lux eterna), à l’inté­rieur des­quels vien­nent se pla­cer deux psau­mes (2. From the deep (des pro­fon­deurs) et 6. The Lord is my she­perd (le Seigneur est mon ber­ger)), dans leur tra­duc­tion anglaise du livre angli­can de la « prière com­mune » (Book of Common Prayer), et à l’inté­rieur des­quels il insère deux piè­ces consa­crées à Jésus (3. Pie Jesu et 5. Agnus Dei). Enfin, la pièce cen­trale est le Sanctusen latin.

La pièce 5 mêle le latin (Agnus Dei) et l’anglais (avec un extrait du rite angli­can de l’inhu­ma­tion, « I am the resur­rec­tion and the life »

  1. L’œuvre com­mence dans une atmo­sphère som­bre, avec une pul­sa­tion immua­ble des tim­ba­les, qui peut sug­gé­rer le son d’un glas, une pro­ces­sion, ou les bat­te­ments d’un cœur. En retrou­vera cette pul­sa­tion plus tard dans l’œuvre. Sur cette pul­sa­tion, les ins­tru­ments et le chœur déve­lop­pent avec la pre­mière phrase « requiem eter­nam donna eis domine (donne lui le repos éternel) » une pre­mière séquence som­bre et angois­sée, sur des har­mo­nies ambi­guës, ni majeu­res ni mineu­res, plei­nes de chro­ma­tis­mes et de dis­so­nan­ces, qui sug­gè­rent l’afflic­tion et l’angoisse devant la mort.

En arri­vant sur le mot « lumière » (et lux per­pe­tua luceat eis) l’atmo­sphère change radi­ca­le­ment avec le pre­mier accord en majeur, et un effet d’éclairement et d’ouver­ture vers les aigus. C’est un peu un résumé de l’œuvre entière, avec ce voyage de l’obs­cu­rité vers la clarté que nous pro­pose John Rutter.

Après ce pré­lude, le thème prin­ci­pal appa­raît, sur les paro­les « requiem eter­nam ». C’est un thème à la fois sim­ple et intime, qui donne une atmo­sphère sereine et recueillie. Le « Te decete hym­nus » est plus large et plus intense, alors que sur les paro­les « exaudi ora­tio­nem meam » arrive le som­met d’inten­sité de ce mou­ve­ment. Viennent ensuite les paro­les grec­ques de la messe pour « Seigneur prends pitié », avec le « kyrie elei­son », très doux, puis le « christe elei­son » légè­re­ment plus intense, et pour finir pia­nis­simo sur le deuxième « kyrie eleison » 

Samedi 22 juin 2013, par M. Bannelier

 TRADUCTION

  • Requiem Aeternam/Repos Eternel

Accorde-leur le repos éternel, Seigneur Dieu, nous t’en prions, et que la lumière éternelle brille sur eux.

Seigneur, tu es adoré en Sion ; tes louanges seront toujours chantées dans tout Jérusalem.

Ô Ecoute-nous : Ô Seigneur, écoute la prière de tes serviteurs fidèles. Toute chair retournera à toi.

Kyrie eleison. Christe eleison. Kyrie eleison.

  • Out of the deep/ Des profondeurs

Des profondeurs, je crie vers toi, Ô Seigneur: Seigneur écoute mon appel

Que ton oreille se fasse attentive à l’appel de ma prière.

Si tu retiens les fautes que nous avons commises, Seigneur, qui subsistera.

Car il y a de la miséricorde en toi : pour que demeure la crainte.

Je cherche le Seigneur, mon âme l’attend, je place ma confiance en sa parole.

Mon âme attend le Seigneur, plus que les veilleurs l’aurore, plus que les veilleurs l’aurore.

Ô Israël, aie confiance dans le Seigneur, car auprès du Seigneur, il y a la miséricorde, et avec lui, la rédemption sans réserve.

Et c’est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes.

  • Pie Jesu/ Pieux Jésus

Doux Jésus, Seigneur, je te prie, dans ta miséricorde, de leur accorder le repos.

Seigneur, notre Dieu, nous te prions, accorde-leur le repos éternel.

  • Sanctus/ Saint-le-Noble

Saint, saint, saint Seigneur, Dieu de puissance et de majesté.

Le ciel et la terre sont emplis de ta gloire.

Hosanna au plus haut des cieux.

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur notre Dieu.

Hosanna au plus haut des cieux.

  • Agnus Dei/ Agneau de Dieux

Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, dans ta miséricorde, accorde-leur le repos.

L’homme, qui est enfanté par la femme, a une courte vie, mais des tourments à satiété.

Il est pareil à la fleur qui pousse et qui est coupée. Il fuit comme l’ombre.

Au milieu de la vie, nous sommes dans la mort. Auprès de qui pouvons-nous espérer trouver le secours ?

Je suis la résurrection et la vie, dit le Seigneur : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra, et quiconque croit en moi, jamais ne mourra.

  • The Lord is My Shepherd/ Le Seigneur est mon berger

Le Seigneur est mon berger ; aussi, rien ne peut me manquer.

Dans des prés d’herbe fraîche, il me laisse paître (reposer) et me mènera vers les eaux du réconfort.

Il redonnera vie à mon âme et me guidera sur les sentiers de la justice à cause de son nom (par la force de son nom).

Assurément, même quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es près de moi, ton bâton et ta houlette me rassurent.

Tu dresseras devant moi une table face à ceux qui me veulent du mal. Tu oins d’huile ma tête et ma coupe déborde. Mais ta bonté et ta miséricorde m’accompagnent tout au long de mes jours et je demeurerai dans la maison du Seigneur pour l’éternité.

  • Lux aeterna/Lumière éternelle

J’ai entendu une voix venant du ciel qui me disait : Heureux sont les défunts qui se sont endormis dans la paix du Seigneur, car ils se reposent de leurs travaux, ainsi que le dit l’Esprit divin.

Nous te demandons, Seigneur, que la lumière éternelle brille sur eux, qu’ils soient accompagnés, dans ta miséricorde, pour toujours des saints et des anges ; qu’ils reposent en paix.

Accorde-leur le repos éternel, Seigneur Dieu, nous t’adressons notre prière : et que la lumière éternelle brille sur eux à tout jamais.

Traductions anglaises de John Rutter

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